PALADIN DE LA LIBERTÉ

JUAN MANUEL MARCOS POÈTE
 

 PAR

 

 

ALAIN SAINT-SAËNS

MEMBRE CORRESPONDANT
DE L'ACADÉMIE DES LETTRES

(Bahia, Brasil)

(Universidad del Norte, Paraguay)

 

Photo: Vicente Marsal

Juan Manuel Marcos en 1973
devant l'Université Catholique d'Assomption (Paraguay)
 

 ISBN: 978-1-937030-50-6
372 pages; 14 photos; bibliographie; index.

Cristina Boselli et Alain Saint-Saëns

Cristina Boselli, Alain Saint-Saëns, Juan Manuel Marcos et Juan Enrique Fischer

Alain Saint-Saëns expliquant l'approche méthodologique
 de Paladin de la liberté (décembre 2015)

Présentation de Paladin de la liberté en Assomption, Paraguay
 (décembre 2015)


'Éclatant essai critique, le nouveau livre d’Alain Saint-Saëns dédié à la poésie de Juan Manuel Marcos, est en même temps une passionnante incursion dans l’histoire littéraire, culturelle et politique du Paraguay du XXe siècle.
Grâce à la culture impressionnante, la sensibilité poétique et le talent certain d’Alain Saint-Saëns, le public de langue française découvrira non seulement la poésie puissante, noble et belle de Juan Manuel Marcos, indiscutablement l’une des riches heures de l’histoire littéraire paraguayenne, mais encore entendra les propres battements du cœur paraguayen, que seuls les poètes peuvent capter et transmettre'.

Ilinca Ilian
Professeure de Littératures Latinoaméricaines
Université de Timisoara,
Roumanie

Ilinca Ilian

 

'L’étude magnifique d’Alain Saint-Saëns, historique, littéraire, musicale et iconographique est appelée à faire date : non seulement elle illumine et enrichit la lecture d’une œuvre poétique variée et multiforme, mais elle élève surtout son auteur Juan Manuel Marcos à sa juste place au panthéon des poètes paraguayens contemporains et éclaire définitivement le sens de son combat pour la vérité et la liberté'.

Juan Enrique Fischer
Professeur d'Histoire de l'Amérique Latine,
Ancien Élève
 de l’École des Sciences Politiques de Paris,
Ex Ambassadeur de l’Uruguay au Paraguay

 

AMBASSADEUR JUAN ENRIQUE FISCHER ET ALAIN SAINT-SAËNS

'Alain Saint-Saëns, faisant preuve d’une maestria déconcertante, jongle avec une large gamme de sources primaires et secondaires, alliant textes littéraires variés et articles académiques spécialisés à l’analyse de correspondances et d’entrevues menées le plus souvent par lui-même. Une documentation méticuleusement choisie, des notes de bas de page abondantes et judicieuses, une bibliographie imposante, confèrent à Paladin de la liberté une densité académique rigoureuse et impressionnante. En même temps, Alain Saint-Saëns sait donner vie à son étude en y insérant d’émouvants récits des péripéties de l’action et de la création de Juan Manuel Marcos et de ses contemporains. Combinant analyse académique scrupuleuse, lecture suivie des textes poétiques et recherche biographique, le livre magnifique d’Alain Saint-Saëns devrait plaire à une large palette de lecteurs.  Il s’annonce d’ores et déjà comme fondamental pour une meilleure compréhension de la culture paraguayenne en général, et de la poésie et de la prose de Juan Manuel Marcos en particulier'.

Dina Odnopozova
Yale University, USA
 

DINA ODNOPOZOVA AVEC ALAIN SAINT-SAËNS

 

'Je tiens à te féliciter, mon cher Alain, pour ce livre magnifique, une grande interprétation biographique et poétique, du niveau du Voyageur immobile d'Emir Rodríguez Monegal sur Pablo Neruda, et peut-être bien le meilleur du genre dans toute la littérature paraguayenne. Nul doute qu'il n'aille servir de modèle et de point de référence incontournable pour les générations présentes et à venir, de part la minutie de la recherche, le style académique impeccable, l'étendue de sa vision tant esthétique qu'historique, et l'intense impact émotionnel qui ne peut être comparé qu'à celui d'un missile Tomahawk [...] Avec l'expression de ma gratitude la plus profonde'.

Juan Manuel Marcos
Poète, auteur de
Poèmes (1970),
La veillée incandescente (1979),
Poèmes et chansons (1987);
romancier,auteur
 de
L'hiver de Gunter (1987).

 


JUAN MANUEL MARCOS ET ALAIN SAINT-SAËNS

Sixième Symposium International de Littérature

(Assomption, Paraguay, 11-13 août 2015)

'Les cinq ‘Élégies à Víctor Jara’, plus qu’un hommage du poète paraguayen au poète chilien, sont les cinq doigts de la main gauche de Víctor Jara que le bourreau coupa, et les cinq ‘Chants de Victoire’ de Juan Manuel Marcos sont les cinq doigts de la main droite de Victor Jara qui furent amputés brutalement'.

 

Juan Manuel Marcos nous invite à une lecture du texte sous le texte qui, loin d’être secondaire, est la clef pour comprendre son œuvre poétique. Fondamentales, en ce sens, sont deux de ses poésies : la ‘Deuxième élégie à Víctor Jara’ et la ‘Quatrième élégie à Víctor Jara’, dans lesquelles Juan Manuel Marcos dialogue avec Pablo Neruda. Ainsi, quand dans la ‘Deuxième élégie’ Juan Manuel Marcos déclare : ‘Je m’appelle Víctor Jara’, c’est lui qui parle – et il faut comprendre : ‘Je m’appelle Juan Manuel Marcos’ – et en même temps, il faut entendre la voix poétique originale en fond : ‘Je m’appelle Pablo Neruda’, comme dans le poème de celui-ci,  ‘Quartier sans lumière’ :

‘Bonjour, je peux passer ? Je m’appelle Pablo Neruda. Je suis poète’.


 

JUAN MANUEL MARCOS ET EMILIO PÉREZ CHAVES
AU CONGRÈS JUARISTE DE LA JEUNESSE À MÉXICO, EN 1972.

JUAN MANUEL MARCOS, GRETA SON ÉPOUSE
 ET LEUR FILS SERGIO À PARIS EN 1979.

JUAN MANUEL MARCOS À PUERTO PRESIDENTE STROESSNER,
(AUJOURD'HUI CIUDAD DEL ESTE) EN 1969.

JUAN MANUEL MARCOS À STILLWATER AUX USA DURANT
LE CONGRÈS SUR JULIO CORTÁZAR EN 1986.

ALAIN SAINT-SAËNS,

Éditeur de la Revue de Sciences Humaines

 Discurso Literario,

avec JUAN MANUEL MARCOS,

Fondateur et Directeur

 de la Revue Discurso Literario depuis 1983,

Sixième Symposium International de Littérature

(Assomption, Paraguay, 13 août 2015)

 

 

ALAIN SAINT-SAËNS ET JUAN MANUEL MARCOS

HOMMAGE À ALBERT CAMUS

6 DÉCEMBRE 2013

ASSOMPTION,

PARAGUAY


PRÉFACE:

Paladin de la liberté d’Alain Saint-Saëns:

Les battements du cœur paraguayen.

 

Éclatant essai critique, le nouveau livre d’Alain Saint-Saëns dédié à la poésie de Juan Manuel Marcos, est en même temps une passionnante incursion dans l’histoire littéraire, culturelle et politique du Paraguay du XXe siècle. Le fil directeur en est la trajectoire lyrique du grand homme de culture qu’est le Président de l’Université du Nord d’Assomption, militant téméraire contre l’injustice pendant les années sous la botte, distingué universitaire en exil et auteur du roman du Post-boom latino-américain traduit en plus de trente langues, L’hiver de Gunter. Cependant, cette lecture pointue et attentive resterait peut-être confinée au seul cercle des critiques et autres écrivains paraguayens, si elle ne se doublait d’une capacité incomparable à dépeindre le monde littéraire et culturel auquel appartient Juan Manuel Marcos. Les lecteurs étrangers, auxquels ce livre écrit en français s’adresse en premier lieu, bénéficieront ainsi d’une captivante introduction à l’une des cultures les moins connues de l’Amérique Latine.

Bien que rare, il n’est point singulier que le regard d’un étranger, s’il est dôté de sensibilité et de talent, arrive à distinguer plus clairement que les autochtones tant les orientations majeures que les nuances de la culture de leur pays d’adoption. Le nouveau venu observe avec plus d’acuité, il discerne avec moins de préjugés, il capte l’essence sans les entraves dues aux traditions de tous types. En plus de cela, Alain Saint-Saëns était peut-être mieux à même de saisir les grandes lignes de la poésie paraguayenne du XXe siècle du fait qu’étant poète lui-même, il parle la langue universelle des poètes, ce qui lui permet de traiter le phénomène lyrique paraguayen non pas comme une page froide de l’histoire littéraire nationale mais bien plutôt comme un vaste champ d’images et de sonorités au retentissement expressif sur son propre univers créateur.

Organisé en trois parties, le livre s’ouvre d’abord sur une convaincante analyse de la tradition littéraire qui permet l’apparition de la génération de Juan Manuel Marcos, dans un pays où l’expression poétique sous sa forme la plus simple a surgi plus tard qu’ailleurs. Selon Juan Manuel Marcos, l’on ne peut parler de véritable poésie paraguayenne qu’à partir des années 1940. Hérib Campos Cervera d’abord, puis Elvio Romero et José María Gómez Sanjurjo sont les grandes figures de ce courant fondateur influencé par les poètes espagnols de la fameuse Génération de 27. Il préfigure déjà, notamment avec la poésie d’Elvio Romero, un trait particulier de la poésie paraguayenne ultérieure, à savoir son profond engagement social. Il est remarquable que dans ce pays qui au cours du XXe siècle a connu la dictature la plus longue de l’Amérique Latine, les écrivains n’aient pas eu tendance à se réfugier dans des territoires imaginaires, où les charmes de l’esthétique pure et de la sophistication de l’écriture auraient pu leur servir de rempart pour se protéger d’une réalité quotidienne atroce.

La génération de Juan Manuel Marcos va rejeter le fatalisme de Jean-Paul Sartre, qui confine le pouvoir des écrivains à la seule sphère restreinte des échanges livresques, pour embrasser la perspective plus ouverte d’Albert Camus dignifiant au sein de la communauté le métier de l’écrivain qui se met au service de la vérité et de la liberté. Le Paraguay des années soixante et soixante-dix, qui sont celles de l’adolescence et de la formation de Juan Manuel Marcos, n’exerce nul relativisme destructeur à l’égard des notions défendues par Albert Camus. Au contraire, les jeunes écrivains qui atteignent l’âge de la majorité vers la fin des années soixante deviennent vite conscients qu’il leur faudra aller plus loin que leurs maîtres, et que les seuls efforts pour gagner la liberté intérieure par l’intermédiaire de la culture ne seront plus suffisants, car les circonstances demandent désormais un engagement plus actif dans la vie de la cité. Si la devise d’un des maîtres de la génération des années 1950, le père César Alonso de las Heras, était ‘la rédemption du Paraguay à travers la culture’, ses élèves se voient forcés d’en modifier le cours en direction du militantisme politique et culturel.

C’est d’ailleurs le programme formulé par Emilio Pérez Chaves, l’un des poètes fondateurs de la revue Criterio, qui sert de tribune à cette nouvelle génération d’écrivains dont Juan Manuel Marcos fait partie. Ces enfants ne sont point des parricides : les écrivains de Criterio révèrent leurs maîtres de la génération des années 1940, ainsi que les Espagnols de la Génération de 27 qui leur ont servi de modèle, et ils ont des relations très fraternelles avec les écrivains de la génération des années 1950, dont Rubén Barreiro Saguier est le représentant le plus éminent. Plusieurs facteurs entrent en ligne de compte, qui incitent le lecteur à s’interroger sur cette dynamique non concurrentielle entre les générations : les dimensions réduites du Paraguay et de sa capitale, Assomption, les épreuves historiques qui ont marqué ce peuple noble et fier, et la relative jeunesse de leur culture nationale.

Si la première partie du livre d’Alain Saint-Saëns représentait pour le public étranger une excellente introduction à la poésie et à la vie littéraire paraguayenne pendant la dictature strosniste, la seconde partie s’oriente vers d’inattendues évocations d’épisodes de l’histoire de ce jeune pays, qui eut à endurer un nombre conséquent de tragédies depuis sa création au début du XIXe siècle. Ces références à la réalité paraguayenne sont essentiellement dues au fait que l’univers poétique de Juan Manuel Marcos a comme noyau central le thème de la patrie, dont les vertus et les disgrâces semblent travailler sans relâche l’imaginaire du poète. Alain Saint-Saëns, quant à lui, laisse deviner une fascination semblable pour son pays d’adoption qui lui a inspiré de nombreuses œuvres littéraires, parmi lesquelles les poèmes réunis dans le volume Enfances sous les lapachos, le roman Enfants de la patrie, et la pièce de théâtre écrite en espagnol, Romeo et Juliette pendant le Mars Paraguayen.

Il est indubitable que le critique littéraire français a, comme historien, une connaissance approfondie des épisodes terrifiants de la Guerre de la Triple Alliance et qu’il lit donc avec une attention redoublée et une sensibilité toute particulière les vers que Juan Manuel Marcos dédie à Francisco Solano López, le héros ambigu de cette guerre sans merci, l’une des plus meurtrière de l’Histoire Contemporaine. Il est significatif qu’à une époque où le régime de Stroessner rend un culte hypocrite et intéressé au Maréchal de la Grande Guerre du Paraguay pour mieux justifier sa dictature, Juan Manuel Marcos continue à voir en Francisco Solano López le héros paradigmatique du Paraguay, et qu’il déclare sans ambages dans un poème que la patrie naît le jour de la mort héroïque du Maréchal Président à la bataille de Cerro Corá le 1er mars 1870. La place centrale que ce personnage historique occupe dans l’imaginaire paraguayen est la seule explication plausible pour comprendre le rôle qu’il joue, d’une part, dans la propagande nationaliste de Stroessner et, d’autre part, dans l’imagination créatrice des poètes victimes de ce régime totalitaire.

Patriote exemplaire, Juan Manuel Marcos, qui va connaître les affres de l’exil, ne s’est jamais vraiment séparé de son pays, car, comme l’observe avec sagacité Alain Saint-Saëns, il a toujours emmené sa patrie avec lui. En prenant le chemin de l’exil, le poète déclare à son pays : ‘Je m’en irai, mais avec toi/ Manière de rester’. Et le critique d’indiquer la coïncidence de vue de Juan Manuel Marcos avec d’autres écrivains paraguayens expulsés de leur pays par le tyran, dont Rubén Bareiro Saguier qui répond à l’injustice par le paradoxe – ‘Quand ils te bannissent/Ils t’enlèvent toute la terre/ Parce que le reste de la terre,/La terre entière,/Ce n’est même pas un infime morceau/De ta propre terre’– et Augusto Roa Bastos qui répond avec une pincée d’humour amer au dictateur, en rappelant une image subtile du journaliste américain Ambrose Bierce : ‘un exilé […] c’est le citoyen qui sert son pays en vivant à l’extérieur sans être un ambassadeur’. Juan Manuel Marcos, lui aussi, a endossé les habits d’ambassadeur de la culture paraguayenne pendant ses années d’éloignement en Espagne et aux États-Unis et fait preuve, selon les mentions précises et suggestives de son critique, d’une générosité et d’un sens de la reconnaissance et de l’amitié en tous points remarquables. Alain Saint-Saëns réussit à peindre un portrait moral convaincant de Juan Manuel Marcos en recourant à des sources les plus diverses, depuis les documents d’archives et les lettres échangées entre les écrivains de l’époque, les entrevues avec les témoins et intervenants de ces années, jusqu’aux dédicaces de livres et les nombreux courriels entre le poète paraguayen et lui.

D’autre part, la vaste culture d’Alain Saint-Saëns lui permet de concevoir les parallèles les plus fascinants entre les vers du poète paraguayen et des phénomènes culturels variés, qu’ils soient musicaux, plastiques, littéraires ou historiques. On peut mentionner ainsi le rapprochement entre le poème ‘Cinquante fois cinquante’  et la Cinquième Symphonie de Mahler, l’analogie entre le ‘Premier poème de l’Ambassade’ et La persistance de la mémoire de Salvador Dalí, ou la suite des échos historiques et littéraires que le critique énumère en partant des vers tirés du poème ‘La résidente’, cette femme paraguayenne résistante durant la Guerre de la Triple Alliance : ‘Résidente souffrante, résidente muette./Poursuis ta longue, vague et rachitique marche’. Elle ouvre les portes de l’imaginaire sur des marches sinistres qui ont jalonné l’Histoire, que ce soit la Longue Marche des troupes de Mao Zedong en 1934-35 fuyant les soldats du Kuomitang, l’Anabase de l’armée des Dix-Mille dans la Grèce antique racontée par Xénophon, l’exode vers la France des combattants républicains et de leurs familles à la fin de la Guerre Civile Espagnole conté par le propre père de Juan Manuel Marcos, la retraite de Russie des soldats français de la Grande Armée napoléonienne, ou bien encore la marche à la mort des prisonniers des camps de concentration nazis évoquée par Élie Wiesel dans son roman La nuit.

En certains passages, l’analyse d’Alain Saint-Saëns devient véritablement électrisante. C’est le cas, par exemple, de la mise en lumière des liens qui unissent l’une des métaphores centrales de la poésie de Juan Manuel Marcos, le feu, avec les traumatismes provoqués par cet élément dans l’histoire du Paraguay. Depuis l’incendie criminel de l’hôpital de Piribebuy et le bûcher de la bataille d’Acosta-Ñu pendant la Guerre de la Triple Alliance en août 1869, jusqu’au sinistre révoltant du supermarché ‘Ycuá Bolaños’ en août 2004, Alain Saint-Saëns relève toute une série de bûchers terribles qui embrasent littéralement l’imaginaire poétique des Paraguayens. L’auteur de cette monographie sur Juan Manuel Marcos n’hésite pas à citer même quelques-uns de ses vers écrits sous l’impact des tragédies brûlantes de son pays d’adoption pour mieux appuyer sa démonstration.

D’autres moments magnifiques de cette étude à la fois étourdissante et éblouissante sont liés, d’une part, au commentaire approfondi chargé d’émotion de la série de cinq élégies dédiées au chanteur chilien Víctor Jara, sorte de double fraternel de Juan Manuel Marcos, poèmes qu’Alain Saint-Saëns qualifie en termes dramatiques et bouleversants – ‘Plus qu’un hommage du poète paraguayen au poète chilien, les élégies de Juan Manuel Marcos sont les cinq doigts de la main gauche de Victor Jara que le bourreau coupa’– et, d’autre part, au dialogue poétique que le jeune poète paraguayen Juan Manuel Marcos établit à travers ses poèmes avec le grand poète chilien et chantre de l’Amérique Latine, Pablo Neruda. Les bases de cet échange fécond sont leur irrépressible foi en la liberté et un optimisme à toute épreuve qui, dans les sombres années de la Guerre Froide et du Plan Condor en Amérique du Sud, ne peuvent être qualifiés que d’héroïques. Et le critique littéraire de marteler que le rôle que Juan Manuel Marcos se conçoit en tant que poète est bien ‘celui d’un gardien de la mémoire de son peuple, tant de la geste des ‘héros tombés’ que de ‘l’histoire des faibles’’.

Alain Saint-Saëns souligne avec justesse, dans la troisième partie, un trait distinctif paraguayen assez remarquable dans le cadre latino-américain : la primauté de la musique et le rôle essentiel joué par le compositeur créateur de la guaranie, José Asunción Flores, qu’Augusto Roa Bastos déclarait être ‘le Maître de vie’ de tous ses compatriotes. Pour la génération poétique de Juan Manuel Marcos, la musique en général et la guaranie en particulier vont remplir une fonction centrale, car, assumant délibérément le rôle de paroliers de chansons, ces poètes vont collaborer directement avec des musiciens en une aspiration commune, celle de gagner un public plus ample à la cause de la liberté. Pour ces artistes qui embrassent l’idéal révolutionnaire de ‘l’homme nouveau’, la liberté est loin de n’avoir que de vagues significations anti-systémiques comme ailleurs ; elle représente principalement l’insoumission totale face au régime dictatorial. Les représailles encourues par ces jeunes créateurs ne sont pas non plus négligeables : elles vont de l’expulsion du pays et de la punition de l’exil affectant Juan Manuel Marcos et beaucoup autres, jusqu’à la torture brutale et inhumaine et l’élimination physique sans détour ni retour.

Il est évident, en définitive, que le respect critique et l’admiration sincère qu’Alain Saint-Saëns professe envers l’oeuvre du poète Juan Manuel Marcos procèdent aussi d’attitudes humaines et poétiques que les deux hommes partagent, c’est à dire l’attention envers leur prochain, la capacité d’engagement civique, et le rejet de l’injustice et de l’iniquité. Grâce à la culture impressionnante, la sensibilité poétique et le talent certain d’Alain Saint-Saëns, le public de langue française découvrira non seulement la poésie puissante, noble et belle de Juan Manuel Marcos, indiscutablement l’une des riches heures de l’histoire littéraire paraguayenne, mais encore entendra les propres battements du cœur paraguayen, que seuls les poètes peuvent capter et transmettre.

                                        Ilinca Ilian
Université de Timisoara,
Roumanie

 


Paladin de la liberté
d’Alain Saint-Saëns :
L’aura poétique de Juan Manuel Marcos. 

          Alain Saint-Saëns, auteur prolifique, écrivain, traducteur, poète et dramaturge est l’un des meilleurs spécialistes de l’oeuvre littéraire de l’écrivain paraguayen Juan Manuel Marcos. C’est lui qui a traduit en français en 2011, en l’accompagnant d’une introduction critique, L’hiver de Gunter, roman-phare du Post-boom latino-américain traduit à ce jour en plus de trente langues, qui transmit au monde l’héritage culturel du mouvement dissident paraguayen sous la dictature du Général Alfredo Stroessner (1954-1989) (...) Le critique élucide de manière très convaincante les processus créateurs qui font de la mort prématurée du jeune poète René Dávalos une source d’inspiration pour célébrer le patriotisme, prendre en compte la réalité de la mortalité de l’homme, et définir la responsabilité du poète devant son peuple. La connaissance intime, presque intimiste, qu’Alain Saint-Saëns a de Juan Manuel Marcos et de sa famille l’aide grandement à éclairer quelques tropes de la poésie du jeune barde paraguayen, telles la personnification et la féminisation de sa terre natale, qui naissent de sa relation amoureuse avec son épouse et de la souffrance que lui cause l’absence obligée de celle-ci durant son enfermement dans l’Ambassade du Méxique au Paraguay (...) Alain Saint-Saëns, faisant preuve d’une maestria déconcertante, jongle avec une large gamme de sources primaires et secondaires, alliant textes littéraires variés et articles académiques spécialisés à l’analyse de correspondances et d’entrevues menées le plus souvent par lui-même. Une documentation méticuleusement choisie, des notes de bas de page abondantes et judicieuses, une bibliographie imposante, confèrent à Paladin de la liberté une densité académique rigoureuse et impressionnante. En même temps, Alain Saint-Saëns sait donner vie à son étude en y insérant d’émouvants récits des péripéties de l’action et de la création de Juan Manuel Marcos et de ses contemporains. Combinant analyse académique scrupuleuse, lecture suivie des textes poétiques et recherche biographique, le livre magnifique d’Alain Saint-Saëns devrait plaire à une large palette de lecteurs.  Il s’annonce d’ores et déjà comme fondamental pour une meilleure compréhension de la culture paraguayenne en général, et de la poésie et de la prose de Juan Manuel Marcos en particulier. Enfin, vu que Paladin de la liberté est écrit en français – la langue qui, selon Pascale Casanova, prévaut dans La République mondiale des lettres nul doute qu’il n’aille servir de véhicule pour consacrer et disséminer l’aura poétique de Juan Manuel Marcos par-delà les frontières culturelles.

Dina Odnopozova
Yale University,
États-Unis d'Amérique
 


Juan Manuel Marcos poète,
ou l’art au service de la vérité et de la liberté.

Juan Manuel Marcos, auteur paraguayen du roman fondamental L’hiver de Gunter, fait partie de ces écrivains qui, comme William Faulkner  et Augusto Roa Bastos, passèrent par une période substantielle de création littéraire comme poètes avant d’atteindre leur zénith en tant que grands romanciers. Sur ce thème, le professeur universitaire et critique littéraire Alain Saint-Saëns a accompli, avec son ouvrage intitulé Paladin de la liberté. Juan Manuel Marcos, poète, un époustouflant travail de recherche dédié à la période de création plus proprement poétique de Juan Manuel Marcos qui court de 1969 à 1977 et précède la genèse de son œuvre romanesque transcendante. Écrite en langue française, cette étude, au contenu éminemment riche, nous offre ainsi toute l’amplitude de la perspective propre à cet univers culturel. À travers un relevé méticuleux des sources orales et écrites, Alain Saint-Saëns reconstruit le processus de formation de la personnalité poétique de Juan Manuel Marcos, ses premières influences, son entourage intellectuel et son militantisme culturel. Les citations de bas de page démontrent la rigueur scientifique impeccable de l’approche d’Alain Saint-Saëns, et ses traductions de textes d’auteurs espagnols et latino-américains dans sa propre langue révèlent une connaissance intime et une maîtrise approfondie de la langue espagnole (...) L’étude magnifique d’Alain Saint-Saëns, historique, littéraire, musicale et iconographique est appelée à faire date : non seulement elle illumine et enrichit la lecture d’une œuvre poétique variée et multiforme, mais elle élève surtout son auteur Juan Manuel Marcos à sa juste place au panthéon des poètes paraguayens contemporains et éclaire définitivement le sens de son combat pour la vérité et la liberté.

 Juan Enrique Fischer
Ancien Élève de l’École
des Sciences Politiques de Paris,
Ex Ambassadeur de l’Uruguay au Paraguay

 


Les couloirs du souvenir.
Le poète Juan Manuel Marcos, paladin de la liberté.

Au moment de commencer à écrire mon commentaire critique sur le livre d’Alain Saint-Saëns, Paladin de la liberté. Juan Manuel Marcos, poète, je comptais bien garder une attitude neutre et objective, mais très vite, je sentis l’émotion m’envahir alors que j’étais de nouveau transportée à une époque dont j’avais parfaitement connu les protagonistes. Le récit d’Alain Saint-Saëns était si réel que je me surpris même à penser par moments que l’auteur avait vécu les événements qu’il décrivait de manière tellement précise. 

C’est ainsi que je commençai à suivre les traces du ‘paladin de la liberté’, Juan Manuel Marcos, depuis sa prime jeunesse, surtout sous sa facette de poète, et ce, dans divers milieux : les salles de classe du Collège Saint-Joseph d’Assomption et de sa prestigieuse Académie Littéraire, puis la Revue Criterio et l’ambiance créatrice du Nuevo Cancionero. A chaque instant de ma lecture, s’ouvraient devant moi des portes invisibles desquelles surgissaient des personnages inspirateurs, compagnons de route du poète, dont les noms parlent encore aujourd’hui à la sensibilité d’une génération de Paraguayens qui souffrit dans la chair ou dans l’esprit, et parfois les deux, d’une époque si néfaste pour la liberté.

Dans les couloirs du souvenir, je pus ainsi croiser le Père César Alonso de las Heras, René Dávalos, Maneco Galeano, Josefina Plá, Elvio Romero, Augusto Roa Bastos, Rubén Bareiro Saguier, Emilio Pérez Chaves et combien d’autres. Je me souviens encore, comme si c’était hier, des longues conversations partagées avec Emilito sur Paris, la ville qu’il admirait tant !

Plus tard viendront pour Juan Manuel Marcos les jours de prison, la torture, l’exil et mille autres circonstances. A un moment donné, Alain Saint-Saëns nous fait part avec bonheur de la succession de contacts enrichissants du poète paraguayen avec les oeuvres de poètes universels (l’Espagnol Miguel Hernández, les Chiliens Pablo Neruda et Víctor Jara, pour ne citer que ceux-là), qui donnent lieu à une sorte de jeux de miroirs absolument fascinant avec ses propres poèmes. Tout en suivant l’itinéraire de Juan Manuel Marcos, Alain Saint-Saëns sait admirablement capturer, à travers son livre, l’esprit même d’une époque pendant laquelle le régime dictatorial, n’ayant pu parvenir à soumettre les intellectuels à son hégémonie, chercha par tous les moyens à les mettre sous l’éteignoir.

La  dictature strosniste au Paraguay causa une grande souffrance même chez ceux qui n’eurent pas à subir la torture dans leur chair, ni à vivre l’exil ou à rencontrer la mort. Il n’était certes pas facile pour la jeunesse d’alors d’essayer de mener une vie un tant soit peu ‘normale’, tout  en sachant qu’à ses côtés les droits de l’homme étaient sauvagement piétinés. C’est par l’organisation d’événements culturels, comme les festivals Mandua’ra à l’Alliance Française d’Assomption par exemple, véritables forums d’opinion, que put se manifester l’énergie contestataire de la jeunesse intellectuelle, de laquelle Juan Manuel Marcos fut l’un des piliers les plus notoires.

Tout cela peut paraître bien loin maintenant. Or, une autre menace nous guette, tout aussi dangereuse, qui est l’oubli. Le livre captivant d’Alain Saint-Saëns réussit le tour de force de restituer pleinement ce passé récent. L’on ne peut qu’espérer qu’il suscite beaucoup d’autres initiatives similaires, afin que la mémoire de ces jours envolés ne périsse point, et pour que jamais plus nous ne tombions entre les griffes d’un régime comme celui d’Alfredo Stroessner qui s’acharna à nous confisquer la liberté, mais qui rencontra une très dure résistance chez des intellectuels et artistes de la taille d’un Juan Manuel Marcos.

                                                Cristina Boselli
Professeure de Langue et Littérature Françaises,
Institut Supérieur des Langues,
Université Nationale d’Assomption,
Paraguay

 


ALAIN SAINT-SAËNS

a traduit de l'espagnol au français le roman de Juan Manuel Marcos,  

El invierno de Gunter.

Le livre a été publié en 2011 par les Editions L'Harmattan à Paris

sous le titre, L'hiver de Gunter.

'Le poète, dramaturge et historien francais Alain Saint-Saëns, en une remarquable traduction, a su allier élégance stylistique et richesse verbale tout en restant fidèle au texte qu'il transposait admirablement d'une culture à l'autre.'

Ruben Bareiro Saguier,
Ancien Ambassadeur du Paraguay en France,
Commandeur de la Légion d'Honneur.

 


Alain Saint-Saëns
est traducteur en plusieurs langues, poète (France, terre lointaine. Poèmes de l'errance en 2011, entre autres recueils), dramaturge et romancier. Sa traduction de l'anglais des nouvelles de l'écrivaine américaine Barbara Mujica, Loin, très loin de la maison de ma mère, a été publiée par les Presses du Nouveau Monde en 2005. Sa traduction de l'espagnol du roman de l'écrivain paraguayen Juan Manuel Marcos, L'hiver de Gunter, a été publiée par les Éditions L'Harmattan en 2011. Sa traduction du portugais à l'espagnol du recueil de poèmes du poète brésilien Aleilton Fonseca, Un río en los ojos, a été publiée en 2013 par University Press of the South aux États-Unis. Alain Saint-Saëns vient de publier un roman en espagnol, Hijos de la Patria, qui sortira en français et en portugais en 2016. Le texte de sa nouvelle pièce de théâtre, Romeo y Julieta en el Marzo Paraguayo, sera publié en octobre 2015 et présenté durant la Première Biennale Internationale d'Assomption également en octobre 2015. Il achève la traduction de l'espagnol et l'édition critique de l'oeuvre poétique complète du poète paraguayen Ruben Bareiro Saguier (1930-2014), Paroles au creux de mes mains, qui sera publiée par les Presses Universitaires du Nouveau Monde en 2016. Il prépare, en co-direction avec le conteur gabonais Ludovic Obiang, un recueil de nouvelles, Le dîner des ogres. Contes et nouvelles sanguinaires, à paraître aux Presses Universitaires du Nouveau Monde en 2016. Alain Saint-Saëns aime à se définir comme médiateur de cultures et polisseur de mots.